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Histoire

La seigneurie de Canon, propriété d’Eudes de Canon au Moyen Âge, passe par le jeu d’alliances et de successions, notamment aux familles Franqueville (XVe siècle), Sarcilly (XVIe siècle), le Sueur puis à Thomas de Bérenger en 1689, dont il reste dans le parc une partie du château transformée par la suite en fabrique.

Un parc imaginé par un avocat philanthrope

A partir de 1768, Jean-Baptiste Elie de Beaumont, avocat philanthrope et ami de Voltaire se lance dans un audacieux procès afin de récupérer la terre de Canon. Celle-ci appartenait cinquante ans plus tôt à l’ancêtre protestant de sa femme, qui avait été contraint de la vendre à bas prix, avant de fuir le régime vers l’Angleterre. Or Canon réunit les éléments naturels indispensables à la création d’un parc « magnifique et admirable » comme en rêve Elie de Beaumont : un climat favorable, une rivière et des sources, les collines du Pays d’Auge en paysage de fond. Ces caractéristiques géographiques particulières expliquent la persévérance de l’avocat, qui après quatre ans de bataille juridique obtient gain de cause auprès du conseil des dépêches : le couple prend alors possession des lieux par acte du roi et engage immédiatement un programme de travaux d’envergure. 

Plus de trente ouvriers s’attèlent alors à doubler la surface des communs, surélever le château, terrasser et planter le parc, bâtir les fabriques, creuser les canaux… Elie de Beaumont attache un soin particulier aux perspectives. Ses voyages en Angleterre en compagnie d’Horace Walpole expliquent son goût avant-gardiste pour la liberté du style anglais. Sans architecte, il supervise l’ensemble des travaux lui-même par le biais d’un suivi épistolaire quotidien avec son intendant. Granulosité de l’enduit des murs des jardins, choix et disposition des végétaux, aménagement des cascades pour percevoir les bruits de la nature, proportions des sculptures… il ne laisse aucun détail au hasard comme en témoignent les courriers conservés dans les archives du château. 

Le couple Elie de Beaumont partage enfin les idéaux chers aux philosophes des Lumières. Ils instituent ainsi la fête des « Bonnes Gens » au cours de laquelle le parc devient le théâtre du couronnement du bon vieillard ou de la bonne fille, récompensés et acclamés pour leur vertu. Les couronnes de roses et de blés sculptés sur la façade du château témoignent de l’empreinte durable laissée par cet événement humaniste et festif. 

L’art des jardins par delà les siècles

Si les Elie de Beaumont ont imprégné de leur esprit et de leur personnalité le parc de Canon, les générations qui ont suivi ont su veiller sur le domaine chacune à leur manière, de sorte qu’il est parvenu complet jusqu’à nous.

Traverser les crises de l’histoire 
Apprécié pour ses actions philanthropiques dont la célèbre fête des « Bonnes Gens », Elie de Beaumont meurt peu de temps avant la Révolution. Il laisse après lui le souvenir d’un seigneur bienveillant qui évite à Canon de subir toute forme de vandalisme.

Rester fidèle au projet d’origine 
Par la suite ses descendants n’abandonnent pas Canon, continuant d’y vivre, d’aimer et entretenir les lieux. Ayant pour beaucoup des visions modernistes, ils restent néanmoins fidèles au projet de leur ancêtre et aucun remaniement n’est entrepris dans la structure du parc.

Eviter le pire 
Si la seconde guerre mondiale provoque de lourds dégâts dus à l’occupation allemande (murs, piliers, statues détériorés), le domaine est miraculé à la libération. En effet, transformé en hôpital militaire il est protégé des bombardements qui rasent les alentours, par le drapeau de la croix rouge flottant sur son toit. 

Restaurer, rebâtir et embellir 
L’après-guerre laisse un domaine complet, mais très abîmé. Bosquets envahis par la végétation, canaux envasés, fabriques en péril… Cinquante ans sont nécessaires pour replanter, restaurer et redonner au parc sa lisibilité. C’est à cette période qu’Antoinette de Carpentier entreprend la plantation de massifs de vivaces dans les Chartreuses alors délaissées. Elle consacre toute sa vie à cette création, véritable renouveau pour le parc. 

Se relever des tempêtes 
Le XXe siècle se termine par les tempêtes successives de 87, 89, 99. La dernière provoquant la chute de trois cents arbres. Canon est identifié parmi les parcs les plus ravagés de France et la replantation des allées est rendue possible grâce à la générosité de la French Heritage Society. Par chance les plus beaux platanes sont épargnés. La gestion familiale structurée déjà en place à cette époque, permet alors de faire face à ces catastrophes et de mener à bien une replantation complète en cinq ans.

Des chantiers décisifs
En 2006 2 chantiers majeurs sont menés : la restauration de l’ensemble des parties hautes du château suite à un départ de mérule et la restauration de la salle des Rosières afin de l’ouvrir aux réceptions. 
Des travaux colossaux qui marquent le début d’un tournant dans l’histoire de Canon : celle d’une ouverture au public accrue destinée à faire vivre et à pérenniser le domaine.